« Je partage avec TDS le concept de tourisme villageois » – Entretien avec Samuel Jouault, professeur-chercheur au Yucatán

Samuel Jouault est un universitaire spécialiste du tourisme rural dans la province du Yucatán, au Mexique. Lors de son passage à l’agence, nous l’avons interrogé sur son travail et l’intérêt pour les communautés rurales de développer une activité touristique au sein de leurs villages.

Peux-tu nous dire en quelques mots quelle est la nature de ton travail auprès des communautés mayas ?

Entre 2009 et 2012, j’ai été chargé de mission par TDS pour aider, dans le cadre de la coopération décentralisée entre la région Pays de la Loire et la province du Yucatán, les communautés rurales à s’insérer dans le système touristique. Depuis fin 2012, en tant que professeur-chercheur à la Faculté de Sciences Anthropologiques de l’Université Autonome du Yucatán, j’accompagne également une initiative collective pour commercialiser le tourisme rural communautaire dans cet État. Ce réseau regroupe 10 coopératives et joue le rôle d’agence réceptive en accueillant les voyageurs de TDS.
Par ailleurs, j’ai participé à des missions ponctuelles pour TDS en Équateur, au Guatemala et au Nicaragua.

Qu’est-ce qui distingue les séjours TDS des autres formes de tourisme dans le Yucatán ?

L’imaginaire du Yucatán est sans aucun doute lié à Cancún, aux plages de sable fin de la côte Caraïbe ainsi qu’à son caractère maya. Mais, pour nombre de touristes, les Mayas sont ceux d’hier, ceux de cette civilisation millénaire qui ont érigé des pyramides ou autres temples visités de nos jours. Si certains Mayas d’aujourd’hui érigent des temples modernes, ceux de l’hôtellerie et de la consommation, d’autres entreprennent des activités touristiques au sein de leur village. Le choix de TDS s’est justement porté sur ces villages et la mise en place d’activités innovantes : visite de milpas (parcelles cultivées), de plantations de cocotiers, tours dans la mangrove, ateliers artisanaux et gastronomiques, etc. Dans ce cadre, les villageois sont les acteurs principaux aussi bien dans la conception que l’animation de l’activité. Je partage avec TDS le concept de tourisme villageois : ces immersions dans des pueblos permettent de mieux comprendre les territoires visités, de rencontrer leurs habitants et de participer à l’économie locale.

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Selon toi, qu’est-ce qui motive ces communautés à se tourner vers le tourisme solidaire ?

En 2015, on a recensé plus de 150 initiatives collectives liées au tourisme rural dans le Yucatán : sociétés coopératives, associations civiles, sociétés de production rurale, etc. Celles-ci proposent des activités diverses et variées telles que la natation en cenotes, la découverte de l’environnement, la pêche sportive sur les côtes, etc. Depuis les années 1970 et la promotion du tourisme comme panacée pour éradiquer la pauvreté en milieu rural, la mise en tourisme des communautés maya est donc croissante. Cependant, certains villageois perdent le contrôle au sein de leurs villages au détriment d’entreprises. L’organisation collective et le tourisme communautaire deviennent donc une forme de résistance et de lutte pour la terre, le patrimoine et la biodiversité culturelle.

Quels sont les principaux obstacles rencontrés lors du développement d’une offre touristique dans ces communautés ?

La mise en tourisme des espaces ruraux est très souvent liée à un acteur exogène. L’État mexicain a versé des subventions à des villages indiens depuis les années 2000 pour développer des micro-entreprises valorisant leur patrimoine culturel et naturel. Mais ces subventions, si elles financent les investissements d’infrastructures et équipements, ne couvrent pas le travail des paysans ou pêcheurs. Ce travail volontaire est donc un pari individuel, ce qui explique l’abandon d’un certain nombre d’entre eux en cours de projet. Par ailleurs, offrir des services touristiques demande un temps d’adaptation et d’apprentissage ainsi que des formations adaptées. L’interculturalité, par exemple, est très peu abordée ; or, accueillir des citadins dans sa maison, interpréter l’environnement ou animer des ateliers sont à milles lieux de la culture de la milpa, de la pêche du poulpe ou encore de l’apiculture, quelques unes des activités traditionnelles dans le Yucatán. Enfin, ces ruraux se dédiant au tourisme ont des difficultés pour promouvoir et commercialiser leurs services touristiques: comment accéder au « bon touriste » ?

Quelle est la place des femmes dans ces projets de développement touristique ?

En 2015, dans la péninsule du Yucatán, seuls 15% des bénéficiaires directs du tourisme en milieu rural étaient des femmes. Cependant, cette sous-représentation à l’échelle régionale ne doit pas cacher la réussite de certaines initiatives féminines.

Mexique (2)Nous pouvons en citer deux dans le Yucatán : d’une part, la coopérative de « Zaaz Koolen Ha » à Yokdzonot, village proche de Chichén Itzá, formée en 2005 et qui compte 11 femmes sur les 16 associés. La coopérative est un modèle en termes de démocratie (les présidentes y succèdent aux présidents) et est reconnue dans la région pour son organisation collective et sa capacité à intégrer des jeunes. D’autre part, à San Felipe, la coopérative « Mujeres trabajadoras del Mar » propose des tours de nuits dans la mangrove. Elles pêchent le maxquil, un petit crabe qui sert d’appât aux pêcheurs de poulpe et invitent les touristes à les accompagner.

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